RECHERCHE

Recherche

Loin de mes racines depuis plus de quinze ans, j'ai naturellement commencé à réfléchir aux questions d'appartenance et d'attachement, à travers une recherche identitaire qui a fait l'objet de plusieurs restitutions en Afrique de l'Est, en Chine et en Afrique de l'Ouest. Commencé en 2017, HOME est un travail de recherche qui a d’abord pris une orientation anthropologique concernant l’adaptation des migrants à la culture globale des « fast growing cities [1] » et plus spécifiquement sur le concept de "maison". Avec l’aide d’une journaliste, nous avons filmé les témoignages de migrants de première, deuxième ou troisième génération, issus des premières communautés arrivées à Dar es Salaam [2] et progressivement de ceux des pays limitrophes puis plus éloignés pour les questionner sur les concepts de racine et d’héritage.  Ce sujet, dont la préoccupation principale est « où et qu’est-ce que la maison ? », somme toute assez universel, trouve son fondement dans une démarche personnelle liée à l’ambiguïté des situations transitoires : attrait de l’ailleurs versus besoin d’enracinement. Il soulève également d’autres questionnements comme l’effet du temps sur l’appartenance et l’attachement ou la transmission dans le déracinement.

Centre pour la préservation de l’héritage architectural (DARCH), Dar es Salaam, Tanzanie

 

En a résulté, « Home », une exposition collective axée sur les concepts de culture, héritage, tradition et identité dans le contexte migratoire tanzanien pour tenter de comprendre comment les migrants s’intègrent dans un nouvel environnement tout en préservant leurs propres particularismes et singularités d’une assimilation par la culture globale. Cette exposition a pris place dans le Old Boma de Dar es Salaam, réhabilité en centre pour la préservation de l’héritage architectural (DARCH) [3] au cœur même des gratte-ciels du centre ville. Le double défi était de susciter le désir et d’amener le public dans un nouveau centre. Fascinée par la ville de Dar es Salaam, entre tradition et modernité, nature et anachronisme architectural, ma recherche s’est concentrée sur les changements urbanistiques et historiques de cette mégalopole[4][5], symbole de cultures hybrides, et leurs impacts sociaux, notamment sur les premiers foyers de migrants. 

 

Red Gate Residency, Pékin, Chine

Lors de ma résidence à la Red Gate Gallery, à Pékin[6], je me suis concentrée sur la problématique de la migration rurale et la rencontre avec la population des Hutong [7]. Ces labyrinthes d’anciennes allées, essentiellement peuplés de minorités qui tendent à être expropriées par un rapide programme de modernisation [8], sont aussi menacés par la gentrification et le manque de considération pour la préservation de l’héritage urbanistique [9]. J’y ai par ailleurs travaillé avec Micro Yuan’er [10], un centre d’art-bibliothèque (qui a notamment remporté le prix d’architecture Agha Khan) oeuvrant à la réhabilitation de l’espace dans un souci d’intégration et de cohésion sociale entre les populations locales et les autres. J’y ai organisé des workshops pour les enfants  et leur famille afin de mieux comprendre les problématiques auxquelles ils doivent faire face et finalement m’inspirer des cartes et textures de ces quartiers, de leurs motifs organiques, dans les sols et sur les murs, pour les reproduire dans des dessins et gravures.

 

KAB 2018, Kampala, Ouganda

Pour la Biennale de Kampala, nous avons travaillé en atelier avec Pascale Marthine Tayou. Après une recherche collective préalable concernant une fiction se passant en Ouganda et la narration, j’ai prolongé ma recherche sur la notion maison en l’adaptant avec les sujets abordés. En a résulté une installation se présentant sous la forme d’un cube avec une porte en travers. Les pas de la danse royale Abakisimba pouvaient y être suivi sur un damier au sol, entravés par des bâtons de bois enchevêtrés, évoquant les structures en échaffaudage des bidonvilles. Je souhaitais attirer l’attention sur les changements de statut du concept de maison dans le temps (nous ne l’envisageons plus comme les générations précédentes le faisaient). Je me suis donc concentrée sur les travaux architecturaux qui s’inspirent de l’architecture anachronique des bidonvilles (sujet de la fiction en question) pour ce qu’elles ont enseigné en terme de durabilité et d’architecture de la survie et de l’instant. Le système D étant une métaphore de la créativité exponentielle et du tremplin que sont les accidents et l’inattendu pour libérer l’esprit et la pratique. 

KENU, Dakar, Sénégal

A mon arrivé à Dakar, j’ai pu rapidement constater le carrefour des cultures offrait ici des modèles à analyser en terme d’accueil et de syncrétisme dans une actualité où la liberté de circulation, la possibilité d’intersection ou d’intégration sont souvent taclées d’utopies contemporaines. J’ai prêté attention aux quartiers de la ville menacés d’un point de vue urbanistique et impacts sociologiquement par les migrations. Par exemple, dans certains quartiers des cités BHS, il existe des communautés de femmes vivant seules avec leurs enfants, après le départ des hommes pour des raisons économiques. Elles constituent des communautés solidaires et matriarcales. J’ai notamment travaillé avec l’association Yataal Art dans le quartier populaire de Médina. Plus récemment, j'ai rejoint le collectif de recherche du LAB'Oratoire des imaginaires. Implanté sur le territoire de Ouakam,  KENU est un espace culturel né en 2020, sous l’impulsion de l’artiste Alibeta. Enraciné dans les arts, la culture et l’oralité, le centre a pour mission d’explorer les imaginaires, les pratiques sociales et savoirs traditionnels de la société ouakamoise et d'en tracer une cartographie. Inspiré par les méthodes de recherche-action KENU utilise des outils appartenant tant aux sciences sociales et à l’éducation populaire qu’au monde artistique en vue d’expérimenter de nouvelles manières de faire-ensemble, de produire de nouvelles formes d’action collective au service de la communauté et de révéler les potentialités présentes des imaginaires.

 

[1]S. Parnell & E. Pieterse, Africa’s Urban Revolution, Zed Books, London, 2014.

[2]G. Desai, Commerce with The Universe, Columbia University Press Book, New York, 2013.

[3]http://www.darchtz.org

[4]J.R. Brenman, A. Burton & Y. Lawi, Dar es Salaam, Histories from an Emerging African Metropolis, The British Institute in Eastern Africa & Mkuki na nyota, Tanzania, 2007.

[5]B. Calas (sous la dir. De), Collectif Urfiki, De Dar es Salaam à Bongoland, Mutations urbaines en Tanzanie, Coll. Hommes et sociétés, Ed Kathala, Paris, 2006.

[6]H. W. French, China’s Second Continent, Vintage books, United States, 2014.

[7]Yang, Qingqing, Space Modernization and Social Interaction, Springer, 2015.

[8]M. Jayne, Chinese Urbanism, Routledge, London, 2017.

[9]W. Liang-Yong, "Rehabilitating the Old City of Beijing: A Project in the Ju'er Hutong Neighbourhood", Liverpool University press, 2017.

[10]http://www.akdn.org/architecture/project/hutong-childrens-library-art-centrehttps://www.archdaily.com/775172/micro-yuaner-zao-standardarchitecture

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